Ses concurrents n’en ont pas cru leurs yeux ! A la mi-janvier, ils ont vu fleurir des publicités d’Optical Center – la marque aux 600 boutiques d’optique et d’audioprothèses en France – pour des téléconsultations ORL. Le concept ? En magasin, le client est mis en relation avec un médecin par visioconférence. L’audioprothésiste procède à des tests avec un audiomètre et un vidéotoscope pour le toubib à distance, qui, en échange, lui adresse une ordonnance pour une prothèse auditive. Original ? « C’est comme si l’on donnait une canne à un infirme après l’avoir simplement vu en photo », s’étrangle un audioprothésiste. Le patient n’a plus qu’à espérer que le diagnostic soit correct : il devra garder le même appareil pendant au moins quatre ans ! Optical Center va-t-il se faire tirer les oreilles ?
Tout, dans cette nouvelle pratique, est illégal. Pour commencer, selon le Code de la santé publique, les médecins ont interdiction de « dispenser des consultations, prescriptions ou avis médicaux dans des locaux commerciaux ». La consultation à distance est, elle aussi, interdite, de même que la publicité pour les offres de soins. Dans un mail du 16 janvier tombé sous la palme du « Canard », Brice Jantzem, le président du Syndicat des audioprothésistes, a interpellé l’Assurance maladie, la Répression des fraudes et la Direction générale de l’offre de soins du ministère de la Santé. Si le syndicat, au vu des déserts médicaux, plaide pour l’autorisation de la téléconsultation (selon le Conseil national de l’Ordre des médecins, la France ne dispose que de trois ORL pour 100 000 habitants), il regrette ces fraudes. Les autorités, jusqu’ici, font la sourde oreille…
Monde de ouïe-ouïe
… et Optical Center, qui n’a pas répondu aux sollicitations du Volatile, trace sa route. Depuis 2020, ses opticiens et audioprothésistes, à bord de camions « OC Mobile », se rendent à domicile, à l’hôpital ou en maison de retraite pour fourguer leurs équipements. Une pratique de vente itinérante également illégale – comme la pub qui en est faite sur les réseaux sociaux. Mais le groupe spécialiste de l’audition depuis 1991 ne voit pas le problème. Dirigé par le milliardaire Laurent Lévy, il entend profiter à plein du boom des prothèses audio. Depuis 2019, le 100 % santé permet aux assurés d’accéder à des appareils auditifs à moins de 950 euros l’unité sans reste à charge. En cinq ans, le nombre de bénéficiaires a presque doublé, atteignant 817 000 personnes en 2023. Certains y voient un bon filon. La Caisse nationale de l’assurance maladie a rejeté 9 000 factures sur 16 000 contrôlées fin 2023 et début 2024, pour absence d’examen par un médecin, absence de délivrance réelle de l’appareillage et fausses prescriptions médicales.
Elle a aussi récupéré 34 millions d’euros indus sur les trois premiers trimestres de 2024 et a engagé 313 plaintes pénales. Les fraudeurs doivent avoir les oreilles qui sifflent…
Publié par
Fanny Ruz-Guindos