Sorti en salle mercredi 10 décembre dans une centaine de cinémas en France, le film documentaire, Elle entend pas la moto, mérite d’être mis en avant et d’être connu du grand public. Dominique Fischbach, la réalisatrice, a filmé pendant vingt-cinq ans une famille dont deux des trois enfants, Manon et Maxime, étaient nés sourds.
Le film commence au moment où Manon, accompagnée de son petit garçon Mathéo, et de son mari, rejoint ses parents dans leur chalet en Haute Savoie.
Ces vacances seront l’occasion de rendre hommage à Maxime, son petit frère disparu huit ans auparavant. Barbara, la sœur ainée, souvent évoquée dans le film, ne viendra pas, c’est trop difficile pour elle.
A cette occasion, la grand-mère raconte à Mathéo l’histoire de la famille en regardant des photos : » – Tu sais que Maman, elle n’entend pas ? » – Elle entend pas la moto, répond l’enfant. – Et son petit frère Maxime n’entendait pas non plus. Tu as vu sur les photos, il parle avec les mains ».
Dans les images d’archives, nous découvrons aussi les moments d’apprentissage du langage oral malgré la surdité, les moments à l’hôpital, avant et après les poses d’implants cochléaires. Les frustrations, les déceptions que peuvent entrainer la surdité sont aussi évoquées, Manon, jeune gymnase prometteuse et passionnée a dû abandonner la gymnastique en plein championnats de France. C’était trop dangereux pour son implant.
Alors qu’elle venait de renoncer à sa passion, sa sœur lui reprochait d’être énervée et lui demandait de faire des efforts. Manon répondit « tu veux ma place ? » C’est une question universelle. Les personnes « entendantes » veulent-elles prendre la place de Manon et s’approcher de son point de vue sur le monde ? En effet, la surdité en donne une autre perception. A plusieurs reprises, on a vu Manon évoluer dans le bruit, en pleine nature, lors d’un apéritif avec des amis… Et puis, elle retirait son implant. Les images continuaient à défiler dans un silence absolu, et notre perception de l’environnement changeait aussitôt.
Malgré les difficultés, Manon est devenue kinésithérapeute, et a décroché son brevet de pilote. Elle évoque avec son amie, tout le travail supplémentaire de réécriture à faire après les cours. Ses camarades faisaient la fête, alors qu’elle devait récupérer tout ce qu’elle n’avait pas entendu durant la journée. Cette mise à l’écart, l’incompréhension de la part de ses pairs sont des souvenirs douloureux.
À l’école élémentaire, Maxime, son petit frère n’a pas eu autant de soutien que Manon. À 6 ans, il s’est retrouvé dans une classe sans aucune aide, ce qui la révolte encore aujourd’hui : « Comment un sourd peut-il recevoir un enseignement sans capter ce que dit le professeur. Faut que ça change ! »
Dans ce film, on voit aussi, la résilience des parents, après le difficile accompagnement de leurs enfants, ils ont dû faire face à la pire épreuve imaginable, la mort de leur fils Maxime.
A travers leurs confidences, on réalise que le chemin du deuil a été long et la maman a dû porter sa famille éprouvée avec un courage qui force l’admiration.
C’est un film émouvant, jalonné de sourires et de larmes d’espoir et de colères. Malgré la surdité, il est possible de réaliser de beaux projets et d’être heureux et épanouis. Mais il faut être doté d’une belle force de caractère et de soutiens à la fois familiaux et institutionnels.
Le film est diffusé en version sous titrée en français. Ce choix a été l’occasion d’une réflexion engagée entre Dominique Fischbach et le directeur de la distribution d’Epicentre, Corentin Sénéchal.
La réalisatrice était plutôt contre le sous-titrage de peur de trop catégoriser le film, elle pensait plus approprier de mettre en place ponctuellement, une séance SME (sous-titrage pour sourds et malentendants). Cela aurait été insuffisant aux yeux de Corentin Sénéchal. Ils ont donc tranché pour une version sous-titrée en français. La version SME existe pour des projections destinées aux associations de personnes sourdes.
La réalisatrice a su filmer cette famille avec beaucoup de discrétion, sans voyeurisme.
Chaque confidence a été recueillie avec pudeur.
Les critiques de presse sont élogieuses et je ne serai pas surprise de le voir occuper de plus en plus le devant de la scène des films documentaires, au cours de cette année 2026.
A voir et à revoir.
Pascale
